Les eaux de mars - 11 september to 24 october 2026
Les eaux de Mars11 september - 24 october 2026
Espace Constantin Chariot
avenue Louise, 115
1000
Bruxelles, Belgium
Website
crédit photo
: Léna SimonneFR.
Elle est promesse de vie, le commencement d'un cycle, une ronde infinie. De ces paysages elle revient sans cesse : un nouveau lever de soleil, le vent et le soleil chaud sur la peau, le bruit des feuilles. Pour cette nouvelle exposition, Matthieu Livrieri fait voyager le regard entre différentes spatialités, à la façon d'un zoom qui viendrait prendre du recul : resserrer sur un détail, puis reculer jusqu'au paysage, sans jamais que l'un ne prime sur l'autre. Cette proposition s'intéresse aux lieux que nous habitons, laissés dans une plénitude et un calme où animaux, plantes, enfants, personnes endormies cohabitent la composition sans qu'aucun ne domine. Chaque tableau agit comme une couche visible d'un souvenir, un fragment de mémoire cristallisée sur la toile.
La non-hiérarchisation est le principe organisateur de ce travail. Le vivant y est traité avec un même soin, quelle que soit sa forme : plantes, fleurs, statuettes d'animaux, chats, paysages urbains. Ces éléments ne sont jamais accessoires : ils affirment une présence, un droit de cité dans l'image, et posent une question simple : quelle place pour le vivant qui ne parle pas ? Un chat endormi n'est pas un détail de composition, c'est un habitant au même titre qu'une figure humaine. Rien n'y est spectaculaire ; tout y est en retrait, requérant du spectateur qu'il ralentisse pour être vu. Prendre le temps devient ici moins une intention qu'une condition de lecture.
Les lieux et espaces présents dans les tableaux pourraient n'être qu'un seul et même endroit, prolongé, déformé, rejoué : une variation continue plutôt qu'une succession de scènes distinctes. Cette ambiguïté spatiale n'est pas un flottement : elle témoigne d'une perception singulière, propre à chacun, où l'espace vécu prime sur l'espace cartographié.
La musicalité irrigue enfin l'ensemble. Les tableaux fonctionnent entre silence et son, entre vide et plein, c'est dans ce jeu de contrastes que les formes évoluent, se chargent, saturent, puis se relâchent. Les Eaux de Mars est une chanson écrite en 1972 par Antonio Carlos Jobim, popularisée en France par l'adaptation de Georges Moustaki en 1973 : une énumération sans hiérarchie, où chaque fragment, une pierre, un bâton, un poisson, pèse autant que le suivant, sans qu'aucun point culminant ne vienne clore la liste. C'est dans cette structure, refusant toute clé de voûte, que Matthieu Livrieri a trouvé le titre de cette exposition.
EN.
It is the promise of life, the beginning of a cycle, an infinite round. From these landscapes it returns again and again: a new sunrise, wind and warm sun on skin, the sound of leaves. For this new exhibition, Matthieu Livrieri moves the gaze across different spatialities, like a zoom that pulls back even as it draws in: tightening on a detail, then retreating to the landscape, without one ever taking precedence over the other. This body of work is concerned with the places we inhabit, left in a fullness and calm where animals, plants, children, and sleeping figures share the composition without any one of them dominating. Each painting acts as a visible layer of memory, a fragment crystallized on canvas.
Non-hierarchy is the organizing principle of this work. The living is treated with equal care, whatever form it takes: plants, flowers, animal figurines, cats, urban landscapes. These elements are never incidental: they assert a presence, a right of place within the image, and raise a simple question: what place is there for the living that does not speak? A sleeping cat is not a compositional detail; it is an inhabitant in the same right as a human figure. Nothing here is spectacular; everything holds back, asking the viewer to slow down in order to be seen. Taking time becomes, here, less an intention than a condition of reading.
The places and spaces within the paintings could be read as one and the same place, extended, distorted, replayed: a continuous variation rather than a succession of distinct scenes. This spatial ambiguity is not vagueness; it reflects a singular perception, unique to each of us, in which lived space takes precedence over mapped space.
Finally, musicality runs through the whole. The paintings move between silence and sound, between empty and full; it is within this play of contrasts that forms evolve, gather weight, saturate, then release. Les Eaux de Mars is a song written in 1972 by Antonio Carlos Jobim, popularized in France through Georges Moustaki's 1973 adaptation: an enumeration without hierarchy, where each fragment, a stone, a stick, a fish, carries as much weight as the next, with no culminating point to close the list. It is in this structure, refusing any keystone, that Matthieu Livrieri found the title of this exhibition.