Matthieu Livrieri Ⓒ 2020

C’était un jeudi, à 19h15.
Je n’avais pas beaucoup dormi la veille et j’avais travaillé la journée. J’étais dans un état de fatigue avancé.
Un état dans lequel j’étais trop fatigué pour pouvoir dormir. J’avais décidé tout de même de m’allonger sur le lit de mes parents pour contrer la fatigue.
Mais cette "sieste » qui me paraissait anodine, m’a totalement chamboulée. J’ai commencé à m’allonger, à plat ventre, en diagonale. Je n’arrivais pas à dormir, en fermant les yeux je pensais toujours, je réfléchissais encore à tout, à rien.
Puis à un moment donné, mon oeil m’a téléporté. Ce que je voyais était étrange, comme une illusion entoptiques. Dans un premier temps, je pris conscience de ce que je voyais. J’ai pu rapidement définir que sur le premier plan se situait une rue. Mais où suis-je? Je ne savais pas, le piège s’était renfermé sur mon cerveau.
En voulant voir ce qu’il y avait à côté de cette rue, j’ai eu l’étrange sensation d’une réelle liberté. Un sentiment qui en était même effrayant par cet inconnu.
Je pouvais voir où je voulais, je respirais, je pouvais utiliser tout mon corps. Soudain je décidé de prendre mon vélo qui était sur sa béquille au centre de la rue, je suis monté dessus, j’ai commencé à pédaler afin de découvrir cet espace.
J’étais à la fois émerveillé et terrifié par cette liberté de mouvement, de pensée, ce lieu on me l’avait donné comme il était, terrifiant et lugubre.
Le ciel était d’un noir profond, la lune par son rayonnement faisait ressortir la brume, au fur et à mesure que j’avançais je m’essayais à des exercices. Dans un second temp, l’action de mes jambes sur le vélo, était d’un réalisme terrifiant. Quand j’ai ressenti mes mains froides contre le guidon glacé, j’ai commencé à paniquer.
Je voulais aller plus loin, je voulais faire apparaître ce que je voulais. J’ai fixé intensément le trottoir dans l’optique d’y faire apparaitre une image de ce qui me passait par la tête. Cette image était simplement une image pensive d’un oeil ramené à sa plus simple formation, deux courbes avec un cercle au centre. Ma tête chauffait énormément, mon oeil aussi.
L’oeil est apparu en lévitation, mais très rapidement les lignes se décomposent, se modifient, un poisson en prend la forme, il prit vie, s’échappa dans la première bouche d’égout qu’il trouva. 
Sur ma gauche, un parc apparaît, des bruits sauvages s’en échappaient aux travers des allées de peupliers qui faisaient de cet endroit l’un des plus sombres. On ne pouvait distinguer le sol qui était recouvert de hautes herbes. Paniqué par un sentiment de manquement à la réalité et d’irréalité, je voulais partir, m’échapper, me réveiller. 
D’un coup, je me senti sortir du corps dans lequel j’étais.
En lévitation au dessus de mon vélo. Mon, moi qui était sur le vélo regardait avec peur et insistance le parc, comme si une créature pouvait à tout moment en sortir. Après un simple clignement des yeux, je me suis retrouvé allongé. J’étais chez moi. Il était 19h25. J’étais émerveillé par se que je venais de vivre.